« Un bateau dans un port est en sécurité, mais ce n’est pas pour cela que les bateaux sont construits. »
Cette phrase de John A. Shedd, publiée en 1928 dans Salt from My Attic, résonne encore particulièrement aujourd’hui.
Elle nous parle de sécurité, de changement, de confiance en soi et de passage à l’action. Car nous avons tous, à certains moments de notre vie, l’impression d’être dans un port : un endroit connu, rassurant, confortable… mais qui ne correspond peut-être plus à ce que nous souhaitons réellement vivre.
Le port représente notre zone de confort
Le port n’est pas un mauvais endroit.
Au contraire, il est utile. Il permet de se protéger, de réparer le bateau, de faire le plein, de préparer le prochain voyage. Dans notre vie, nous avons également besoin de périodes de repos, de stabilité et de sécurité.
Le problème apparaît lorsque le port devient une destination définitive.
Rester dans une situation professionnelle qui ne nous correspond plus, repousser un projet qui nous tient à cœur, ne pas oser prendre une décision par peur de se tromper, conserver certaines habitudes simplement parce qu’elles sont rassurantes…
Nous pouvons alors avoir l’impression d’être en sécurité, tout en ressentant intérieurement que quelque chose doit changer.
Être en sécurité n’est pas forcément être à sa place.
Pourquoi avons-nous parfois peur de quitter le port ?
Changer demande de sortir de ce que nous connaissons.
Même lorsqu’une situation ne nous convient plus, elle possède un avantage important : nous savons à quoi nous attendre.
Le changement, lui, ouvre une période d’incertitude.
Et notre cerveau apprécie particulièrement ce qui est prévisible.
C’est pourquoi il est possible de vouloir profondément changer de métier, déménager, créer une activité, prendre une nouvelle direction ou simplement modifier certaines habitudes… tout en trouvant de nombreuses raisons de repousser le moment d’agir.
« Ce n’est pas le bon moment. »
« Je ne suis pas suffisamment prêt. »
« Et si je me trompais ? »
« Je verrai plus tard. »
Ces pensées ne signifient pas nécessairement que le projet est mauvais. Elles peuvent simplement traduire une peur du changement ou un besoin de sécurité.
Quitter le port ne signifie pas prendre tous les risques
La métaphore du bateau ne dit pas qu’il faut partir sans réfléchir.
Un bateau ne quitte pas le port au hasard.
Il vérifie son état, prépare son itinéraire, regarde la météo et s’assure d’avoir les ressources nécessaires pour naviguer.
Il en va de même pour nos projets.
Oser ne signifie pas agir sans réfléchir.
Prendre un nouveau chemin peut être préparé. On peut se renseigner, demander conseil, tester, avancer progressivement et accepter de modifier sa trajectoire en cours de route.
Le véritable courage n’est donc pas l’absence de peur.
C’est la capacité à avancer malgré une part d’incertitude.
Et si votre inconfort était un signal ?
Il arrive parfois que notre corps exprime ce que notre mental essaie de repousser.
Fatigue, tensions, difficultés à dormir, sensation de tourner en rond, irritabilité, perte de motivation…
Ces manifestations ne donnent pas automatiquement une réponse à nos questions, mais elles peuvent nous inviter à nous arrêter quelques instants et à nous interroger.
Qu’est-ce qui ne me convient plus aujourd’hui ?
Qu’est-ce que je souhaite réellement ?
Qu’est-ce qui m’empêche d’avancer ?
De quoi ai-je besoin pour me sentir suffisamment en sécurité pour faire un premier pas ?
La kinésiologie peut notamment être utilisée comme un espace d’écoute et d’exploration pour prendre du recul sur certaines situations, identifier ce qui peut freiner une évolution et mieux comprendre ses propres ressentis.
Il ne s’agit pas de supprimer toute peur ni de prendre des décisions à votre place.
Il s’agit plutôt de retrouver suffisamment de clarté pour pouvoir choisir.
Vous n’avez pas besoin de connaître tout le voyage
C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants de cette citation.
Lorsque nous envisageons un changement important, nous cherchons souvent à connaître l’ensemble du parcours avant de commencer.
Quel sera le résultat ?
Est-ce que cela fonctionnera ?
Et dans six mois ?
Et dans deux ans ?
Pourtant, un bateau n’a pas besoin de connaître chaque vague avant de quitter le port.
Il a besoin de savoir quelle direction prendre.
Dans nos vies, le premier pas peut parfois être beaucoup plus simple que nous l’imaginons : prendre un rendez-vous, se renseigner sur une formation, parler de son projet, envoyer un CV, commencer une activité, dire non à quelque chose ou simplement reconnaître que nous avons envie d’autre chose.
Le mouvement crée parfois la clarté.
Votre bateau est-il encore fait pour rester au port ?
Nous avons tous nos ports.
Certains sont professionnels. D’autres sont personnels, relationnels ou simplement liés à nos habitudes.
Et parfois, le port qui nous a parfaitement convenu pendant plusieurs années ne correspond plus à la personne que nous sommes devenue.
C’est normal.
Nous évoluons.
Nos envies changent. Nos priorités aussi. Certaines expériences nous transforment et nous donnent envie d’explorer d’autres horizons.
Alors peut-être que la bonne question n’est pas :
« Est-ce que je suis suffisamment sûr pour partir ? »
Mais plutôt :
« De quoi ai-je besoin pour me sentir suffisamment en sécurité pour avancer ? »
Parce qu’un bateau est effectivement plus en sécurité au port.
Mais il n’a pas été construit pour y rester.
Et vous, quel est le prochain horizon que vous aimeriez explorer ?


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